Passer au contenu
Contrôleur Aérien

La phraséologie radio entre pilotes et contrôleurs aériens

Équipage en casque radio dans un cockpit

La phraséologie aéronautique est le langage normalisé que pilotes et contrôleurs emploient à la radio : mots imposés, alphabet d'épellation, ordre des éléments et répétition des instructions. En France, ces échanges se font en français ou en anglais, selon les règles SERA et le recueil Radiotéléphonie de la DGAC.

Pourquoi la radio aéronautique impose une phraséologie normalisée

La phraséologie aéronautique existe parce qu'une fréquence radio est un canal pauvre et partagé. Une seule personne parle à la fois, le son est parfois brouillé, et plusieurs équipages écoutent la même fréquence en même temps. Un mot mal compris peut faire monter un avion au mauvais niveau ou l'engager sur la mauvaise piste. Des formules fixes, toujours dites dans le même ordre, réduisent le risque de confusion et raccourcissent les messages.

Ce langage n'est pas une affaire de style. Les règles européennes SERA (règlement (UE) 923/2012) en posent le cadre, et la DGAC le précise dans un recueil intitulé « Radiotéléphonie », pris en application de l'arrêté du 27 juin 2000 modifié, dont la 3e édition date du 1er mai 2016. Pour un futur contrôleur, maîtriser ces formules fait partie du métier au même titre que la lecture d'un écran radar, et elles reviennent dans tous les sujets de la rubrique espace aérien.

L'alphabet d'épellation OACI, d'Alfa à Zulu

L'alphabet d'épellation remplace chaque lettre par un mot pour éviter de confondre des sons proches, comme B, D et P. Le tableau S14-2 de SERA.14020 donne la liste suivante :

  • A à I : Alfa, Bravo, Charlie, Delta, Echo, Foxtrot, Golf, Hotel, India ;
  • J à R : Juliett, Kilo, Lima, Mike, November, Oscar, Papa, Quebec, Romeo ;
  • S à Z : Sierra, Tango, Uniforme, Victor, Whiskey, X-ray, Yankee, Zulu.

Deux graphies officielles intriguent souvent : « Alfa » avec un f et « Juliett » avec deux t. Pour la lettre U, la version française du document SERA écrit « Uniforme ». Une immatriculation d'avion léger, par exemple, s'énonce lettre par lettre avec ces mots.

Chiffres, niveaux et fréquences : se faire comprendre sans ambiguïté

Les chiffres posent les mêmes difficultés que les lettres : certains se ressemblent à l'oreille, surtout dans un casque bruité. La façon de prononcer les nombres, les niveaux de vol, les caps, les fréquences et les calages altimétriques est donc fixée par le recueil Radiotéléphonie. Un niveau de vol, noté FL (flight level), exprime une altitude en centaines de pieds, mesurée par rapport à une pression de référence commune à tous les avions.

Ces règles d'énonciation varient selon la langue utilisée et le type de donnée transmise. Les détails exacts se lisent dans le recueil lui-même, publié par le SIA : une page pédagogique ne peut pas tenir lieu de référence pour la radio réelle.

Le collationnement : ce que le pilote répète obligatoirement

Le collationnement consiste à répéter tout ou partie d'un message pour vérifier qu'il a été bien reçu. L'article SERA.8015 e) liste les éléments que le pilote répète toujours :

  • les autorisations de route ;
  • les clairances et instructions relatives à la piste : entrer, atterrir, décoller, attendre avant, traverser, circuler, remonter ;
  • la piste en service, le calage altimétrique, les codes SSR (codes transpondeur), les nouveaux canaux de communication, les instructions de niveau, de cap et de vitesse ;
  • les niveaux de transition.

Le recueil français ajoute notamment l'indicatif d'un départ ou d'une arrivée normalisés, la procédure d'approche, les conditions d'une clairance conditionnelle et le CTOT, l'heure de décollage calculée. Le contrôleur écoute chaque collationnement et corrige aussitôt toute erreur : il dit « négatif » (« negative » en anglais) puis redonne la bonne version.

Déroulé d'un échange type entre pilote et contrôleur

Un échange type sur la fréquence suit presque toujours la même mécanique. Le schéma ci-dessous est volontairement simplifié et ne reprend pas de formule réglementaire mot pour mot :

  1. le contrôleur appelle l'avion par son indicatif, puis donne l'instruction, par exemple un nouveau code transpondeur ;
  2. le pilote répète le code et son indicatif pour confirmer ;
  3. le contrôleur vérifie la répétition ; si elle est fausse, il répond « négatif » et redit le bon code ;
  4. le pilote collationne à nouveau, puis affiche le code sur le transpondeur.

Le même schéma vaut pour un changement de niveau, de cap ou de fréquence. Au départ et à l'arrivée, l'instruction nomme souvent une route publiée, décrite avec les procédures de départ et d'arrivée SID et STAR.

Messages de détresse et d'urgence : MAYDAY et PAN PAN

Deux formules ouvrent les messages les plus graves de la phraséologie. Le mot « MAYDAY », répété de préférence trois fois, signale une détresse. « PAN PAN » annonce une urgence ; la variante « PAN PAN MÉDICAL » concerne le transport sanitaire. À l'écoute de ces mots, le contrôleur sait qu'un équipage affronte une situation anormale : il limite les échanges inutiles sur la fréquence et organise le reste du trafic en fonction de l'appareil concerné. Le détail de la conduite à tenir figure dans le recueil Radiotéléphonie, qui distingue les deux niveaux de gravité.

Français ou anglais : la langue des échanges radio en France

La langue des échanges radio est fixée par SERA.14015 et sa mesure française FRA.14015 : les communications air-sol se font en anglais ou dans la langue habituelle de la station au sol, c'est-à-dire en français en France. Les stations qui desservent des aérodromes et des routes internationales doivent pouvoir employer l'anglais à la demande d'un pilote. Un contrôleur français travaille donc dans les deux langues, et sa licence porte une mention linguistique en anglais, détaillée avec l'anglais aéronautique de niveau 4.

Phraséologie radio : réponses pour bien démarrer

Faut-il connaître la phraséologie avant de passer le concours ICNA ?
Le concours externe ICNA de 2026 repose sur les écrits et oraux des banques CCINP et sur des épreuves de langues et de français : la phraséologie n'y figure pas. Elle s'apprend ensuite, pendant la formation. Parcourir le recueil Radiotéléphonie aide surtout à se faire une idée du métier, comme le reste des repères pour devenir contrôleur aérien.
Pourquoi écrit-on « Alfa » et non « Alpha » ?
« Alfa » est la graphie du tableau officiel d'épellation, comme « Juliett » avec deux t. Ces formes figurent telles quelles dans SERA.14020. Un élève les apprend sans chercher à les corriger.
Que fait le contrôleur quand un pilote répète mal une instruction ?
Il répond « négatif » puis redonne la version correcte, et le pilote collationne une nouvelle fois. Cette boucle se répète jusqu'à ce que le message soit exact. Le collationnement n'a d'utilité que si le contrôleur l'écoute vraiment.
Où les futurs contrôleurs s'exercent-ils aux échanges radio ?
Les échanges radio se travaillent pendant la formation pratique, en particulier lors des exercices en simulateur de contrôle aérien. L'élève y tient une position et parle à des pilotes fictifs. La pratique réelle vient ensuite, sous la supervision d'un instructeur.

Sources : DGAC, « Document SERA complet » (SERA.8015, SERA.14015, FRA.14015, SERA.14020), version 2.1 du 1er juillet 2023 ; DGAC/SIA, recueil « Radiotéléphonie, arrêté du 27 juin 2000 modifié », 3e édition du 1er mai 2016 ; ministère chargé des transports, page « Ingénieur-e du contrôle de la navigation aérienne, ICNA, concours externe », mise à jour le 5 août 2026.

Mis en ligne le - Mis à jour le

▲